Les oiseaux déprédateurs

Gestion des oiseaux déprédateurs (GeODe)

Les dégâts causés par les oiseaux déprédateurs (corneilles, pigeons, corbeaux freux, etc.) dans les grandes cultures sont peu répertoriés en Suisse. Pour certains agriculteurs, ils impliquent des pertes économiques dues au ressemis de leurs parcelles, une diminution du rendement liée à un manque de plants (maïs, tournesol, soja, etc.), aux dégâts sur plantules maraîchères (courgettes, salades, etc.) ou à la déprédation des graines avant la récolte (tournesol, céréales, etc.). Les corvidés (principalement corneilles et corbeaux freux) et les colombidés (pigeons ramiers et domestiques) recherchent les graines (maïs, tournesol, soja) et s’attaquent aux plantules de tournesol, avec des conséquences fatales si la tige est sectionnée. Les dégâts à maturité peuvent être dus aux pigeons, aux corneilles ou à certains passereaux granivores (moineau domestique, verdier d’Europe, chardonneret élégant), mais les dégâts de ces derniers sont plus localisés. Le maïs et le tournesol sont les cultures les plus touchées, mais le soja, les protéagineux et les céréales subissent aussi des dégâts, tout comme les cultures maraichères.

 

Corneil

Photo 1: Corneilles. 

 

Impact économique des dégâts

L’impact économique des dégâts d’oiseaux est important. A Genève, les dégâts sont comptabilisés et indemnisés (fig. 1). Le Tessin a recensé des dégâts sur les cultures en plein champ pour 350'000 CHF sur dix ans. A Neuchâtel, des données sont également disponibles pour les années 2000 à 2006. A Berne, en 2006, une étude a mis en évidence la destruction de ± 350 ha de maïs et estimé le coût entre 200'000 et 300'000 CHF par an. Ce coût est faible si on le compare à la valeur totale que représente le maïs dans ce canton mais les dégâts étant très localisés, ce coût est essentiellement porté par quelques exploitations, dont beaucoup doivent ressemer leur culture, avec un impact potentiel sur le rendement. En France, une étude a estimé que lors d’un ressemis de tournesol, les pertes économiques correspondent à ± 35% de la marge brute. Pour les exploitations avec un cahier des charges Bio, les dégâts sont particulièrement graves du point de vue économique, car le prix de la denrée alimentaire est plus élevé et le choix des moyens de lutte est réduit (voire inexistant dans certaines situations).

Freux

Photo 2: Freux. 

 

Tableau 1: Les dégâts des oiseaux 

Espèces

Type de dégâts

Cultures

Remarques

Corneille noire

Sur semis au moment de la germination en arrachant le germe; sur graine de tournesol au moment du murissement

Surtout tournesol, mais aussi d'autres cultures comme le maïs, mais moins problématique.

Régime omnivore, elle apporte également des services en se nourrissant de différents ravageurs comme les coitrons. La présence de corneilles dans un champs n'est souvent pas en lien avec des dégâts.

Corbeau freux

Sur semis en allant chercher la graine en profondeur et en suivant la ligne

Tous types de grandes cultures.

Forte augmentation des effectifs de l'espèce et augmentation des problèmes dans les champs.

Pigeon biset/ramier

Sur semis qui n'a pas été semé assez profond (par exemple sillon en semis direct qui n'a pas été suffisamment refermé). A maturité mange les graines.

Principalement petits poids, tournesol et soja. Maïs uniquement au semis.

Au moment du murissement les dégâts sont également "collatéraux". C’est-à-dire qu'en se posant dans le champs ou sur la pomme de tournesol, les individus font tomber au sol beaucoup plus de graines qu'ils n'en mangent.

Mesures de prévention

Les mesures actuellement employées pour prévenir ces dégâts sont peu efficaces et variables selon les secteurs. Elles consistent principalement en des tirs (si autorisés, éventuellement via l’intervention de gardes-faune), de l'effarouchement au pétard ou au piégeage des adultes pour tenter de gérer leurs populations. L’utilisation de produits répulsifs en enrobage de semences est interdite en raison de leurs écotoxicités. Actuellement, aucune substance active sur semences avec effet répulsif n’est homologuée pour le tournesol. Les essais de répulsifs Bio et moins toxiques se sont avérés peu concluants (essais en cours à Grangeneuve, FR). L’utilisation d’effaroucheurs (ballons gonflés à l’hélium, pétards, cris d’oiseaux, etc.) a été testée, mais reste difficile à mettre en place : coûteuse, avec une efficacité partielle, de courte durée et peu appréciée des riverains. Le travail de fauconniers montre une certaine efficacité sur les corvidés, mais de courte durée et avec un coût important. En Australie, pour protéger les vignobles de dégâts causés par les oiseaux (corbeau, étourneau, cacatoès, zosterops), des techniques combinant différentes actions utilisent des drones (transport de cadavre de corneille + émission de cris de détresse) afin de mimer un prédateur. Ce type de technique semble difficile à transposer à Genève, où les parcelles sont plus petites et souvent proches d'habitations.

ramier

Photo 3: Pigeon ramier.

Le projet GeODe

Alors que les dégâts causés par les oiseaux déprédateurs dans les cultures semblent en augmentation et laissent les producteurs avec peu (pas) de solutions durables, la communauté scientifique et la vulgarisation prend conscience de l’inefficacité des mesures d’élimination d’individus. La grande mobilité de plusieurs oiseaux, démontrée par le baguage, va également dans le sens d’une inefficacité du contrôle des populations par des tirs localisés. Dans ce contexte, l'OFAG a accepté le financement d'un projet de recherche piloté par l'OCAN sur la "Gestion des oiseaux déprédateurs et prévention des dégâts dans les cultures (GeODe)". Ce projet est une collaboration entre différents cantons (TI, FR, VD, GE), partenaires privés (Agridea, Pro-Conseil, Fenaco, Ficedula) et Agroscope. L'approche est originale car elle combine un approfondissement éthologique des populations d'oiseaux (écologiste et agronome), une expérimentation en station de recherche et sur des parcelles chez les producteurs pour proposer des solutions efficaces et durables, tout en protégeant la santé et la biodiversité.

 

Figure 1 : Coût des dégâts (CHF) de pigeons ramier (rouge) et des freux (bleu) (Source : Office cantonal de l'agriculture et de la nature):

 

Figure 2: Nombre de dégâts par animal (Freux en bleu et pigeons ramiers en rouge) (Source: OCAN). 

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