PROTECTION DES CULTURES

Historique

Un combat perpétuel

Depuis l’antiquité, l’homme lutte contre des fléaux qui détruisent ou contaminent les plantes qu’il cultive et qui sont indispensables à son alimentation. Dès le Xème siècle, l’ergot du seigle a causé des millions de morts en Europe, frappant durement de grandes villes françaises dont Paris. Cette mortalité était due à un champignon contenant des alcaloïdes. Au milieu du XIXème siècle, la grande famine qui a frappé l’Irlande a pour origine le mildiou de la pomme de terre, elle fit 1 million de morts en quelques années et provoqua un exode massif de populations en Amérique du Nord. Le mildiou et l’oïdium de la vigne arrivent en Europe à la fin du XIXème siècle, importés des États-Unis. Sans le recours à la bouillie bordelaise cuprique, la plupart des vignobles européens auraient disparus. Durant la même période, le phylloxera (ci-dessous planche tirée du rapport du 29 août 1875 à l'intention de M. le Conseiller d'État genevois Cambessedes, dessinée à l'université de Genève) a réduit de moitié le vignoble genevois. Il a été finalement combattu par une méthode biologique, le greffage des ceps européens sensibles sur des racines américaines résistantes.

 

Phylloxera

Recherche de moyens de lutte

Les Chinois, les Grecs et les Romains utilisaient de l'arsenic ou du soufre pour protéger leurs cultures. Au XVIIIème siècle, les efforts de recherche se concentrent sur les insectes, leurs dégâts étant plus visibles; des insecticides biologiques font leur apparition : nicotine, roténone et pyrèthre. Il faut attendre le XIXème siècle pour que le développement des produits phytosanitaires (PPh) soit observé. Durant la première moitié du XXème siècle, c'est l'émergence de nouvelles substances actives insecticides d'origine biologique et synthétique pour lutter contre les dégâts du doryphore des pommes de terre, des vers de la grappe ou du carpocapse des pommes. Pour contrôler les maladies, l'application de soufre et de cuivre reste majoritaire.  De 1945 à 1975, l'application de produits phytosanitaires a augmenté car la société demande aux producteurs des rendements élevés et une plus longue conservation des aliments. De nouvelles substances actives insecticides, fongicides et herbicides sont découvertes. Elles sont plus efficaces et permettent un meilleur contrôle des populations d'ennemis des cultures. 

Développement de la Production intégrée (PI) et Biologique (Bio)

L’usage des produits phytosanitaires (PPh) (biologique ou de synthèse) a conduit à l’émergence de problèmes avec l'apparition de populations résistantes à diverses substances actives. Une réflexion sur des approches complémentaires à l’utilisation de PPh est conduite. C’est ainsi qu’au début des années 1960, est né le concept de lutte intégrée; l'objectif est une nouvelle stratégie de lutte, qui respecte l'environnement et contourne les phénomènes de résistance. La force de ce concept "novateur" est de prioriser les mesures préventives (rotation, variétés tolérantes, etc.) et d'utiliser en dernier recours les PPh. Le but principal devient alors une gestion des populations d'ennemis des cultures avec la notion de seuil économique.

Qu’en est-il à Genève ?

A Genève, le concept de production intégrée a pris toute sa signification dès le début des années 1990. Des associations (VITIPIGE, ASPIGE) sont nées pour faire la promotion de ces pratiques auprès des agriculteurs par l’intermédiaire de la vulgarisation agricole. Depuis cette époque, l’entier du vignoble genevois n’utilise plus d’insecticides ou d’acaricides; des moyens de luttes biologiques (typhlodromes) et biotechniques (confusion sexuelle) ayant été mis en place. La grande majorité des surfaces céréalières genevoises sont aujourd’hui cultivées sans insecticides, ni fongicides. Près de la moitié des cultures d’oléagineux (colza et tournesol) sont cultivées selon le même principe. La totalité des cultures de maïs ne reçoit plus d’insecticide, la pyrale étant combattue par des lâchers d’un auxiliaire ; le trichogramme. Dans les cultures sous-abris, des modes de régulation naturels ont presque totalement remplacé les insecticides et un strict contrôle climatique permet de ne recourir que sporadiquement aux fongicides. 

Et l’avenir ?

Si les insectes et maladies endémiques sont bien connus et maîtrisés, le changement climatique et les importations de marchandises apportent leurs lots de nouveaux problèmes : punaise marbrée, frelon et capricorne asiatique, chrysomèle du maïs, ambroisie, flavescence dorée, feu bactérien, drosophile, etc. L'apparition de ces nouveaux ennemis des cultures nécessitent la recherche et le développement de nouvelles pratiques agricoles et techniques de lutte.